02/01/2010 - Meilleurs Voeux depuis l'Océan Austral
Par le Capitaine Paul Watson

Quelle manière de commencer la nouvelle année !

Mon équipage et moi-même partîmes discrètement du port d'Hobart (en Tasmanie, Australie) à 18h le 31 décembre, en direction d'une tempête.

La lune bleue pouvait seulement être vue par intermittences pendant que le ciel s'éclairait de multiples éclairs et que les nuages d'orage noirs se déplaçaient rapidement à travers le rouge rubis, l'orange et le rose des braises d'un soleil couchant.

Après une nuit marquée de bruitages sauvages, de balancements, de coups et de roulements lourds, l'équipage du Steve Irwin se trouva enfin en bordure de la zone d’exclusion économique australienne. Quelque part sur cette frontière se trouvait la flotte de sécurité baleinière japonaise, le Shonan Maru No. 2, ce même navire qui nous avait talonné depuis notre départ de Fremantle le 8 décembre.

Notre halte à Hobart avait pour but de les semer, ainsi que de prendre du carburant et des provisions; nous n'avions pas le temps de célébrer la nouvelle année, ni même de nous reposer. Il fallait nous dépêcher de repartir si nous voulions trouver la flotte.

Plus loin au sud, notre trimaran intercepteur hyper rapide, l'Ady Gil , était tout près de la flotte baleinière japonaise. Nous voulions passer sous le nez du Shonan Maru No. 2, afin de venir en aide à l'Ady Gil pour lutter contre leur flotte principale.
Une fois la limite franchie,  nous fûmes protégés par un second orage et naviguâmes à travers des mers démontées et des vents violents, protégés par un rideau de pluie et des embruns rageurs créant un brouillard d’eau salée dissimulant notre fuite. Ca  n'était ni plaisant, ni même amusant, mais c'était efficace.

Nous avons maintenant dépassé la limite de la zone où le Shonan Maru No. 2 se trouve, en route vers le sud avec un os dans les dents et un orage violent à nos trousses; mais mieux vaut ça que le navire de sécurité japonais.

Chaque jour passé sans trouver la flotte baleinière japonaise, les baleines se font massacrer dans le Sanctuaire de l'Océan Austral. Dorénavant, sans le navire de sécurité à nos trousses, nous avons une bonne probabilité de la trouver.

Ça ne va pas être une saison facile. Cette année, le gouvernement japonais a investi énormément d'argent et de temps pour nous arrêter. Deux navires ont été déployés avec pour seule mission de nous intercepter et nous empêcher d'atteindre la flotte baleinière principale.

Beaucoup d'argent a été dépensé pour s'opposer aux efforts de Sea Shepherd. En plus du déploiement des bateaux de sécurité,  les baleiniers sont armés de dispositifs acoustiques à longue portée (DALPs), de piques de métal anti-abordage, de filets, de grenades-choc, et d'armes à feu. Le Japon a même engagé des internautes pour faire de la désinformation et nous accuser d'être des terroristes, des racistes et des extrémistes. Tout ceci pour une industrie qui survit uniquement grâce à des subventions très importantes du gouvernement japonais.

Malgré cela, chaque année nous devenons plus fort et plus efficaces. Notre discours est resté intact. C'est notre sixième saison d’interventions et nous n'avons causé aucun dommage, nous n’avons pas été inculpé de crimes ou de violations et nous n'avons pas été poursuivis.

La raison est simple. Nous respectons la loi ; nous appliquons le droit de protection international contre une industrie de braconnages massifs. A la lisère des glaciers, notre trimaran rapide Ady Gil poursuit sa recherche des bateaux mis en cause et nous réservons encore de nouvelles surprises pour les baleiniers cette année.

Je suis confiant sur le fait qu’une nouvelle fois nous perturberons les opérations illégales des baleiniers japonais et qu’une nouvelle fois leurs bénéfices partiront en fumée. Notre objectif est de les écraser économiquement, de les ruiner, et de montrer au monde entier le braconnage atroce des baleines.

Il n'est pas facile de s’attaquer à une nation aussi puissante économiquement que le Japon. Il n'est pas facile de voyager chaque année au bout du monde, à travers les mers déchaînées,  les vents hurlants, et les énormes vagues de l'océan Austral. Il n'est pas facile d’affronter les bureaucrates qui essayent de supprimer nos pavillons, nos enregistrements, notre statut fiscal, et qui tentent constamment de nous assommer avec des règlements mesquins et de la paperasserie inutile. Il n'est pas facile d'être dans ces eaux hostiles aux prises avec un ennemi impitoyable alors que la désinformation et la propagande pour nous discréditer et nous condamner circulent sur Internet.

Ce n’est jamais facile mais si cela l’était, même Greenpeace serait présent ici.

Le fait est que nous sommes les seuls ici , à combattre d’étranges armées, à la seule force d’un courage passionné qui nous permet de surmonter  n'importe quels obstacles, qu’ils soient naturels ou fabriqués par l’ Homme. Nous sommes présents ici, pas pour se faire des amis ou pour impressionner. Nous sommes présents ici  pour représenter la cause des grandes baleines.

Si chaque être humain sur la planète s’élevait  contre nous, nous continuerions à défendre les baleines.

Le plus grand défi a toujours été d'expliquer jusqu’à quel point il est primordial d’arrêter ce massacre.

Le monde a déjà exterminé plus de 90% des grandes baleines. L'histoire de la chasse à la baleine en est l’épisode le plus sombre, marqué par toute l’horreur et la cruauté que notre espèce ait jamais infligé à toutes les autres espèces dans l'océan.

Les baleines sont les mammifères les plus intelligents, les plus évolués et socialement les plus complexes. Si nous ne pouvons pas les défendre, comment pouvons-nous espérer défendre les autres espèces des océans ? Si les baleines meurent, la mort des océans suivra et quand les océans n’existeront plus, nous disparaîtrons tous.

Le combat pour sauver les baleines est en réalité un combat pour sauver l'humanité de la menace la plus dangereuse pour notre propre survie, les humains eux-mêmes.

Mon équipage est originaire du monde entier, de France et l'Estonie, d'Australie et d'Amérique du Nord, d'Afrique et d'Amérique du Sud, des Pays-Bas et du Japon. Composé uniquement d’hommes et de femmes passionnés, prêt à risquer leurs vies pour faire ce que nos gouvernements n'ont pas le courage et  la volonté politique et/ou économique de faire respecter la loi!

L'immensité impressionnante de l'océan Austral n'est surpassée que par sa fougue, les creux appelés ‘’Cap Rollers’’ sont les plus élevés du monde, et ces creux accompagnés de vent, de glace et d'air glacial  créent  des obstacles qui défient les instincts, les compétences et l'expérience même des plus grands navigateurs.

Quand je regarde à travers le hublot, je peux voir nos ponts inondés de tonnes de mousse d’eau glacée, dégringolant comme des torrents  de l’avant du bateau au pont d’embarcation. La mer est comme déchirée par des entailles blanches, tailladée par le vent qui fouette le haut des creux dispersant ainsi la saumure qui se dresse en mousse au dessus de nos mâts. L’eau de mer nous éclabousse violemment, et vient s’écraser comme des seaux d’eau sur les essuie-glaces, projetant tout les objets non attachés à l'intérieur du navire.

Pour compléter ce défi, nous allons encore nous lancer avec des navires plus compétents, plus rapides et mieux équipés avec des hommes plus motivés que jamais prêts à naviguer sur les mers – à la poursuite des assassins de grandes baleines. Ce sont ces baleiniers  qui massacrent, à des fins lucratives, sans pitié ni remords et ils sont tout à fait prêts à user de violence pour contrer toute personne qui se mettra en travers de leur chemin.

Les baleiniers savent également que même s’ils tuaient ou blessaient un membre de notre équipage, le gouvernement japonais justifierait et défendrait leurs actes au nom du commerce.

Pour éviter cela, nous devons prendre toutes les précautions pour ne pas blesser les équipages des baleiniers, pour ne pas enfreindre les lois en vigueur. Mais malgré cela, peu importe nos agissements, les gouvernements nous condamneront pour avoir osé interférer avec le commerce japonais et pour avoir osé faire ce qu'ils n’ont pas eu l’intégrité et le courage de faire.

Mais le soutien des gouvernements n'est pas primordial puisque nous jouissons de l'appui incroyable de personnes du monde entier qui souhaitent voir les baleines protégées. Particulièrement en Australie où les citoyens ont mis en place un soutien pour rendre nos interventions possibles.

Durant les prochaines semaines, nous allons continuer notre route de manière régulière en direction du sud, près de la banquise, à la recherche de la seule opération commerciale d’ampleur, activement engagée dans la zone du Traité de l’Antarctique. Nous ne traquons pas la flotte baleinière pour protester, agiter des drapeaux, ou pour réprimander ces tueurs. Notre devoir est d'intervenir contre leurs opérations criminelles les obligeant ainsi à mettre fin au braconnage illégal des espèces menacées.

Dans un monde où les citoyens de tous les pays s’unissent pour sauver les baleines échouées sur les plages ou prises dans des filets, les Japonais ont dans leur ligne de mire 935 petits rorquals, 50 baleines à bosse, menacées d’exctinction et 50 rorquals communs. 1035 baleines sont condamnées à mourir, et notre travail est de gagner du temps pour le plus grand nombre de ces espèces.

Merci à  tous ceux qui nous ont soutenu et qui ont rendu l'opération Waltzing Matilda possible, nous vous sommes très reconnaissants. Pour ceux qui voudraient nous rejoindre, n’hésitez pas à le faire, nous avons besoin de votre aide. Suivez nos avancements sur notre site Web à l'adresse suivante www.seashepherd.fr

Voici une belle manière de commencer la nouvelle année!

Nous y arriverons par tous les moyens, malgré les tempêtes et les dangers. Le résultat que nous recherchons et que nous allons récolter est la satisfaction de sauver la vie des  créatures les plus intelligentes et magnifiques de notre planète.
Même si nous n’en sauvons qu’une ce sera une réussite. Nous en avons déjà sauvé des milliers et nous allons encore en sauver des milliers d'autres. C’est cette satisfaction qui nous enchante et qui nous rend heureux, et nous fait avancer.

Pour ceux d'entre vous qui rendent cela possible en nous aidant à sauver ces vies, vous pouvez aussi partager avec nous cette satisfaction. Les baleines ont besoin de nous, nous avons besoin de vous et ensemble nous obtiendrons des résultats concrets qui ferons la différence et nous permettront de défendre et protéger nos océans de la cupidité de ceux qui sont ignorants et arrogants et qui ont pour seule intention de détruire la vie dans nos océans.
Pour les baleines et les Océans

Le Capitaine Paul Watson

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