18/01/10 - Poursuivre pour Sauver des Vies
Éditorial du Capitaine Paul Watson

Ça fait maintenant 42 jours que l’Opération Waltzing Matilda a démarré (le 7 décembre dernier). Ce fut le jour où l'un des bateaux de Sea Shepherd, le Steve Irwin, a quitté Fremantle, en Australie.

Depuis, le Steve Irwin a parcouru plus de 10.000 miles nautiques (18500 Km), dont 4.500 miles (8330 Km) depuis le dernier ravitaillement à Hobart, en Tasmanie, le 31 Décembre.

L'autre navire de Sea Shepherd, le Bob Barker, a quitté l'île Maurice au large des côtes d'Afrique le 18 décembre et est en mer depuis 32 jours.

Le trimaran futuriste de Sea Shepherd, l'Ady Gil, a effectué un voyage de courte durée après son départ le 19 décembre d'Hobart. En effet, dix-sept jours plus tard, l'Ady Gil reposait au fond de l'océan sous 3000 mètres d'eau après que le navire de sécurité japonais (gardant la flotte baleinière) ait délibérément percuté et détruit l'Ady Gil le 6 Janvier dernier.

À ce jour, l’Opération Waltzing Matilda a été une campagne tendue et dramatique, avec de nombreux affrontements entre l'équipage de Sea Shepherd et ceux des baleiniers.

Mais étrangement, les jours les plus efficaces ne sont pas ceux des confrontations directes contre les navires japonais; ce sont ceux où nous ne faisons rien, où nous naviguons à plein régime, couvrant des miles et des miles dans l'Océan Austral à la poursuite des chasseurs de baleines.

L’objectif de Sea Shepherd est d'empêcher les Japonais d'atteindre leur quota et c'est exactement ce que nous avons réussi à faire ces quatre dernières années: 83 baleines ont été sauvées la première année, 500 lors de l'Opération Leviathan, pas loin de 500 lors de la campagne Migaloo, et près de 425 durant l'Opération Musashi.

Le réflexe des chasseurs japonais lorsqu'ils aperçoivent un navire de Sea Shepherd est de partir à plein régime et de couvrir des milliers de kilomètres afin de nous pousser à brûler le plus possible de carburant. Pendant ce temps, ils ne peuvent tuer de baleine et c'est bien ce qui nous importe.

C'est au cours de ces journées de longues poursuites que nous sauvons le plus de baleines: la vie d'une dizaine d'entre elles est épargnée chaque jour de poursuite de la flotte baleinière.

Depuis le jour où l'Ady Gil a coulé au sud d'Hobart, la flotte japonaise s’est déplacée à pleine vitesse vers l’Ouest. Nous l'avons déjà chassée durant plus de 3000 miles (5500 Km) le long de la côte Antarctique jusque vers le sud de l'Afrique.

La poursuite a débuté au large de la Terre George V, puis en direction de l'Ouest vers la Terre Adélie, la Terre Wilkes, la Terre Queen Mary, la Terre Guillaume II, la Terre Princesse Elizabeth, et finalement la Terre Mac Robertson.

Durant douze jours, nous avons filé notre chemin à travers la côte parsemée d'icebergs, en esquivant les petits, en contournant la banquise, en faisant face aux vagues énormes, par un épais brouillard, des vents violents, de la pluie, du grésil, de la neige en bourrasques, et de la grêle dans le blizzard.

Le paysage est grandiose. La côte de l'Antarctique est l'un des endroits les plus mystérieux et magnifiques de la planète, avec des icebergs reflétant toutes les nuances imaginables de bleu, tout cela encadré par l'éclat blanc de la neige tassée. Il y a des phoques, des pingouins, des oiseaux à gogo, et il y a des baleines, ces êtres majestueux qui sont à l’origine des problèmes et des confrontations dans ces eaux hostiles et éloignées de tout.

Nous sommes ici parce que les baleines sont là et parce que les Japonais ne les veulent pas là. Ils les préfèrent sur un plateau dans un bar à sushi de Tokyo.

Cette année, cependant les choses sont un peu différentes. Considérant que les années précédentes, nous avions dû cesser la poursuite en raison du manque de carburant, nous avons maintenant deux navires et un des deux peut continuer la poursuite des baleiniers pendant que l'autre revient au port pour se réapprovisionner en carburant et en nourriture. Cela signifie que pour la première fois dans nos campagnes nous pouvons avoir une poursuite quasi permanente et que cette poursuite ininterrompue se traduira par des vies de baleines sauvées et par la réduction des profits financiers des chasseurs.

Chaque jour que les baleiniers sont en fuite est un bon jour pour les baleines, et ils ont été en fuite depuis deux semaines. Nous avons l'intention de les garder en haleine jusqu'à la fin de la saison de chasse, en mars.

Parfois le succès peut être atteint par notre seule présence, et nous sommes dans le sillage de cet abattoir flottant et de sa clique de navires harponneurs en permanence.

Il y aura de nouveaux affrontements et probablement d’autres collisions. Mais cependant, les meilleurs résultats sont atteints sans que l'on ne fasse rien: c’est dans cette poursuite effrénée que des vies sont sauvées.


Article traduit bénévolement par François.

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