22/01/10 - Lettre à l’Editeur – The Australian
Commentaire du Capitaine Paul Watson

Dans son article (daté du 18 Janvier 2010), Junichi Sato appelle les activistes luttant contre la chasse à la baleine à gagner la confiance des Japonais et critique les méthodes de l’association Sea Shepherd mal perçues par l’opinion publique japonaise. 

« Les gens seraient surpris d’apprendre que ces deux dernières années, Greenpeace n’a pas envoyé de navire pour affronter la flotte baleinière » a-t-il affirmé. 

Je suis effectivement convaincu que plusieurs personnes seraient stupéfaites d’apprendre cela, surtout celles démarchées directement dans la rue par les membres de Greenpeace qui utilisent les campagnes de Sea Shepherd pour collecter des fonds. Un démarcheur Greenpeace me l’a confirmé, sans que je lui dévoile mon identité.  

Sato pense que nous devons gagner les cœurs et esprits des Japonais et affirme que la méthode d’approche de Greenpeace est la plus constructive. 

Une des démarches de Greenpeace fut pourtant de s’introduire illégalement dans un centre de tri du courrier et de voler  un colis  contenant de la chair de baleine, adressé à un particulier. Greenpeace justifia cet acte en affirmant que de la viande de baleine aurait été volée sur le Nisshin Maru (baleinier japonais) pour être ensuite vendue en toute discrétion.  

Les membres de Greenpeace Toru Suzuki et Junichi Sato ont donc pensé que ce délit innocenterait aussi leur action. Ils ont finalement été arrêtés et condamnés pour intrusion illégale et vol. 

Le délit qu’ils tentaient de divulguer était un vol entre exploitants au sein même de l’industrie baleinière, alors que la source du problème se trouve dans la pratique même de la chasse à la baleine par cette industrie. 

L’industrie baleinière a certifié qu’aucun délit n’avait été commis, et a avoué que les morceaux de baleines découpés à même l’animal par l ‘équipage pour un usage personnel était simplement un « bonus ». Les seules arrestations et condamnations effectuées ont été à l’encontre de Sato et Suzuki. 

Greenpeace a fait de ces deux condamnés des héros de la cause, en sollicitant des dons représentant plusieurs millions d’euros pour servir à leur défense. Greenpeace justifie ainsi l'absence de leurs propres bateaux en Antarctique pour prendre des photos de baleines se faisant massacrer et le manque de temps pour manifester et brandir des bannières de protestation.  

Greenpeace condamne les actions de Sea Shepherd, bien qu’aucune d'elle, depuis ces 30 dernières années que l’association existe, n’a été reconnue comme étant un délit, n’a fait l’objet de poursuites judiciaires ou – plus important encore – n’a causé de dommages physiques, ni de blessures graves, y compris parmi ses propres membres. 

Greenpeace, cependant, devrait garder en mémoire les centaines d’arrestations et condamnations dont elle a fait l’objet, incluant plusieurs délits et poursuites judiciaires ayant abouti. Greenpeace a vu plusieurs de ses activistes subir des dommages corporels sur les bateaux. Certains même ont été tués. 

Greenpeace assure que son but principal est d’apporter des preuves, une tradition émanant d’un courant chrétien, qui affirme que le mal peut être combattu par des témoignages. 

En tant que membre co-fondateur de Greenpeace, je n’ai jamais pris connaissance de cette méthode. Cette philosophie révisionniste ne faisait pas partie de la méthode d’action de Greenpeace dans les années 1970. Cette vision a été adoptée plus tard, et c’est pour moi presque une justification théologique de leur lâcheté. 

Vous ne croisez pas une femme qui se fait agresser dans la rue en restant immobile à ne rien faire. Vous ne restez pas non plus sans agir devant un enfant mal traité, ou devant un chien ou un chat battu à mort. Vous ne vous contentez pas de protester et de photographier la scène. En face des baleines, vous ne restez pas inactif et indifférent devant un massacre d'une telle ampleur. 

J’ai l’impression que Junichi Sato est moins impliqué dans la lutte contre la chasse à la baleine en Antarctique qu’il ne l’est pour puiser dans les fonds de Greenpeace pour se défendre de son petit larcin.  

Greenpeace a abandonné les baleines pour faire campagne au Japon, et gagner les esprits des Japonais. C’est un échec. Les Japonais sont attachés à la chasse à la baleine, et Greenpeace n’a pas progressé avec cette méthode éducative. 

Sea Shepherd, cependant, opte pour une approche plus réaliste : la guerre  économique. Nous devons faire baisser les quotas de chasse chaque année en intervenant et harcelant la flotte baleinière. 

Nous faisons cela depuis quatre ans ; et cela fait quatre ans qu'ils n’ont pas fait de bénéfice. 

C’est le seul langage qu’ils comprennent : le profit et les pertes. Si nous continuons à avoir un impact sur leurs profits, nous atteindrons notre objectif réaliste de couler économiquement la flotte baleinière japonaise. Nous voulons les pousser à la faillite.  

L’aide de Greenpeace serait la bienvenue dans le Sanctuaire Baleinier de l'Océan Austral. Après tout, ils construisent actuellement un bateau de 40 millions de dollars qui viendra s’ajouter à leur flotte, ce qui pourrait être utile à la cause. Pourtant, cette grande organisation que j’ai co-fondée en 1972 concentre en ce moment ses fonds à la défense de deux vulgaires cambrioleurs, comportement pathétique et traître à l’égard des baleines. 

_______________________

Le capitaine Paul Watson, co-fondateur de Greenpeace (1972), de Greenpeace international (1979), fondateur de Sea Shepherd Conservation Society et capitaine du Steve Irwin, affronte actuellement la flotte baleinière japonaise en Antarctique. 
 

Article traduit bénévolement par Paul.

Sea Shepherd Conservation Society apprécie votre soutien. Pour savoir comment nous aider, allez sur notre page de dons.
Copyright © 2007 Sea Shepherd Conservation Society. All rights reserved