Commentary and Editorial

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Lundi, 27 Février 2017 13:38

Kelly Slater n'est pas un ennemi des requins

Par le capitaine Paul Watson.

Photo : Deborah BassetPhoto : Deborah BassetQu'est-ce qui a amené Kelly Slater à changer si radicalement d’opinion sur les requins ?

La réponse est peut être qu’il n’a pas changé d’opinion après tout.

En 2014, Kelly a été cité dans les médias australiens et voici sa réponse au plan du Premier Ministre Colin Barnett sur l'abattage des requins en Australie occidentale :
« Je pense que c'est ridicule. Les humains veulent tout contrôler. Nous essayons de contrôler l'érosion (des plages), nous essayons de contrôler les requins... Nous essayons en réalité de tout contrôler sur cette terre et c'est vraiment fou. Nous tuons 100 millions de requins par an, c’est complètement fou, pour faire de la soupe (d’aileron de requin). Nous les rejetons sans ailerons et les laissons mourir. C’est comme si nous avions perdu tout sentiment pour les autres créatures, je trouve ça triste. Si j'étais mangé par un requin, j’en serais honoré. »

Donc, quand j'ai appris que Kelly avait posté un message Instagram sur le compte de Jeremy Flores, connu pour sa position en faveur de l’abattage des requins à La Réunion, ma première réaction fut de ne pas y croire. Il devait s'agir d’un canular. Le message était en contradiction avec tout ce que Kelly avait jamais dit au sujet des requins.

Dans son message à Flores, Kelly a déclaré :
« Honnêtement, je ne vais pas être populaire en disant ceci, mais il doit y avoir un abattage massif de requins à la Réunion et cela devrait arriver tous les jours, le gouvernement français doit trouver une solution le plus vite possible. »

Et bien sur, Florès s’est servi de ce message comme d’une munition dans son offensive contre les écologistes, Sea Shepherd et moi même compris.

Je ne pense pas que Kelly ait anticipé le tsunami de réactions des deux parties. Les partisans de l’abattage des requins ont été exaltés et ont rapidement bombé le torse dans sur les réseaux sociaux, se félicitant d’avoir amené Kelly à ce que les défenseurs des océans considèrent comme le "côté obscur".

Je ne pense pas que Kelly avait prévu que ses paroles pourraient exacerber la violence à La Réunion ou que le lendemain on verrait un attentat à la bombe sur les bureaux de la réserve marine parce que l’un des objectifs de certains "anti-requins" est de détruire la réserve en la rouvrant aux pêcheries et à la chasse sous marine, y compris bien sûr, à la pêche aux requins. Certains d’entre eux étant aussi chasseurs sous marins, la Réserve les a privés d’un terrain de chasse qu’ils entendent bien récupérer.

Je ne pense pas non plus que Kelly avait anticipé les menaces de mort contre Jean Bernard Galves, le représentant de Sea Shepherd et du collectif d'associations (Sea Shepherd, Aspas, Longitude 181, One Voice, fondation Brigitte Bardot, Requin, Intégration, Sauvegarde des Requins, Tendua, Vagues ) exigeant la fin de l'abattage et la protection de la réserve marine.

Il ne pouvait pas non plus pu anticiper toute l’ampleur de la haine dirigée contre toute personne qui défend les requins, comme l'illustre ce message d’un certain partisan des pêches à l’une des associations du collectif, Sauvegarde des requins :

« Tous mes potes sont morts dans une attaque. Vous avez gagné. Maintenant, on va foutre le feu pour que les plus jeunes arrêtent de crever à cause de vos conneries. La réserve marine a déjà pris un coup et si ils ont pas compris, c’est leur gosse qu’on brûlera. Ceux du préfet aussi. On veut nous tuer. Bin on tuera. Mon gars, je ne sais pas si t’as bien compris le message là. Les gars comme toi ont fait en sorte que mes potes meurent bouffés. Que tu comprennes ou pas, on s’en branles. Tu viens on te tue.

On tuera tes enfants, ta famille et on pissera sur ta tombe et celle de tes proches. Car c'est ce que vous faites sur nous depuis le début. FIN DE LA DISCUSSION. Fais passer le mot aussi que les 2 petits zoreils avec tee shirt SS que se baladent à Boucan pour provoquer vont se faire donner à bouffer aux squales. Porte plainte si tu veux. Qu’ils portent tous plainte si ils veulent. Nous on a porté plainte, ça nous a pas protégé de la mort. Ca vous protégera pas non plus. A votre tour »

Je ne pense pas que Kelly ait anticipé que ses mots puissent créer une telle vague de colère et faire naître un sentiment de trahison chez tant de ses admirateurs ?

La déclaration de Kelly a été particulièrement dommageable survenant moins d'un mois après la mort de Rob Stewart, qui a trouvé la mort dans un accident de recycleur alors qu’il travaillait à son prochain film en faveur des requins.

Sans le vouloir, par son message, Kelly a donné aux détracteurs des écologistes la confiance nécessaire pour déchaîner leurs accusations odieuses et alimenter la violence de leur rhétorique.

J’ai été déçu, mais pas en colère contre Kelly. C’est quelqu’un qui est dédié à la protection de l'océan et il s’est positionné contre l'abattage des requins pendant des années. La confirmation qu’il était bien l’auteur de ce message fut donc un choc pour moi.

Je connais Kelly, c’est un homme de compassion. Sa réaction a été viscérale face à cette énième tragédie. Je ne pense pas que cette déclaration efface les efforts incroyables que Kelly a développé au fil des ans pour amorcer une prise de conscience générale sur la destruction de la vie marine dont nous sommes responsables en tant qu’espèce.

Je l’ai contacté et il m'a répondu qu'il avait de la sympathie pour les surfeurs qui sont morts à La Réunion, que les incidents d'attaques de requin y surviennent en plus grand nombre que dans n'importe quel autre endroit au monde et que bien qu'il s'oppose à l'abattage des requins en général, il pense que La Réunion est un cas à part en raison du nombre d'attaques.

Sa réponse m’a permis de mieux comprendre son ressenti. La douleur induite par la perte d’un ami, un membre de sa famille, les souffrances endurées à la suite de blessures infligées par un requin, sont des choses qui éveillent la colère et parfois, une envie de vengeance. Ou encore dans le cas de Kelly, la volonté de trouver des solutions.

Il ne fait nul doute que ce sujet est très chargé émotionnellement. La mort de plusieurs surfeurs sur une période de temps relativement courte et à un endroit particulier a de quoi interpeller. Je pense que Kelly a réagi de manière intuitive à ces tragédies parce qu’il a eu le sentiment que le cas de La Réunion est unique et inhabituel.

Il m’apparaît évident que Kelly n’avait pas anticipé le retour de flamme. Il m’a envoyé le message suivant hier :

« Bonjour Paul.

J’aimerais revenir sur mon commentaire au sujet de la récente attaque de requin à La Réunion. Je n’avais pas pesé mes mots. C’est facile de se laisser dépasser par l’émotion au vu du contexte dans lequel vit la communauté locale, particulièrement quand de jeunes vies sont fauchées. Cependant, tuer quoi que ce soit dans l’espoir d’une solution n’est pas en ligne avec ma philosophie de vie et je ne crois pas que cela puisse être une solution à long terme au problème actuel. C’est le bon moment de mobiliser les énergies et les intelligences pour trouver une solution qui fonctionne pour tout le monde… En utilisant la technologie, la science, et les émotions humaines. Je sais qu’on peut trouver des solutions qui conviennent à tous. Je continuerai à apprendre sur le sujet et à investir mon énergie et mes efforts dans la défense et la protection de nos océans.

Sincèrement,

Kelly »

Sea Shepherd souhaite travailler avec Kelly Slater et avec quiconque qui, à La Réunion, souhaite trouver une vraie solution à ces attaques. Kelly souhaite travailler avec nous, avec les surfeurs et avec les scientifiques pour trouver une solution.

Je pense que si les surfeurs de La Réunion veulent vraiment trouver une solution, ils doivent comprendre que la pêche ne marche pas et n’a jamais marché. Le remède est dans la restauration de l’écosystème récifal et d’une vie marine riche, ainsi que le retour des requins de récif. Et cela passera par une Réserve Marine forte et protégée.

Je ne vois donc pas l’intérêt de condamner Kelly pour avoir exprimé ses sentiments sincères à l'égard de ces accidents mortels. Il est humain, il est très proche de la communauté du surf et ce qu'il a dit, il l’a dit du point de vue d'un homme et d’un surfeur qui se soucie de la vie de gens avec qui il partage une passion pour les vagues.

Et nous ne devons pas nous tromper en croyant un instant que cet homme ne se soucie pas de l'Océan, de la biodiversité et des atrocités commises contre la vie marine. Je connais Kelly, il s’en soucie, profondément.

Je vois le côté positif de toute cette controverse. Ce que Kelly a dit n’est pas acceptable mais ça a permis de mettre en lumière toute l’incompréhension qui règne autour de cette situation et le fait que les seules solutions reposent sur une base scientifique, selon des règles instaurées par l’écologie marine.

La pêche des requins ne fait pas partie de ces solutions.

La situation à La Réunion a été causée par les humains. La pollution, la surpêche, la négligence et le refus d'utiliser le bon vieux sens commun basé sur une compréhension sérieuse de l'écologie océanique. Et comme Kelly l'a souvent dit dans le passé, l'abattage des requins ne fonctionne tout simplement pas.

Le surfeur américain Mike Coots, qui a perdu une jambe dans une attaque requin rejoint ce sens commun : « Je pense qu’il est mauvais de pêcher une espèce de requin. La science a montré que ça ne fonctionne pas. Et ça peut même aggraver la situation. Je pense que nous devons nous travailler davantage à une meilleure coexistence entre les humains et les requins. »

Pendant la seconde moitié du 20e siècle, l'abattage des requins a été effectué dans le but de rendre les eaux d'Hawaii plus sûres. De 1959 à 1976, l'État de Hawaï a tué 4 668 requins. L'Institut d’Hawaï de biologie marine et le Département de l'État de la terre et des ressources naturelles ont conclu que l'abattage était «inefficace» parce que l'occurrence des nombres d'attaque de requins n’a pas diminué.

Les insulaires ont surexploité la zone et les requins de récif qui autrefois dominaient ce territoire ont été anéantis, pas par les requins bouledogues contrairement aux revendications de Jeremy Flores mais par les pêcheurs. En raison de ce vide laissé par les requins de récif, les requins bouledogue se sont engouffrés dans la brèche.

Et c’est de là que viennent les problèmes.

Non seulement l'élimination des requins ne fonctionne pas mais elle contribue en réalité à créer un environnement où les requins bouledogues sont plus agressifs et donc plus dangereux, car les requins tués sont remplacés par de nouveaux arrivants qui investissent le milieu en mode "conquête territoriale".

Plus de 200 requins ont déjà été tués à La Réunion et ces assauts de vengeance ont non seulement pris des requins bouledogues, mais de nombreux requins tigres et les requins tigres ne sont pas impliqués dans les accidents. Combien d'autres veulent-ils en tuer ? Parlent-ils d’une éradication totale ? L'éradication complète est-elle le seul moyen de garantir la sécurité des surfeurs ?

L'extinction du requin bouledogue est-elle le prix demandé par les surfeurs en échange de pouvoir pratiquer leur sport ?

Voilà ce qui se passe. Un requin tue un humain. Par vengeance de nombreux requins sont abattus et au lieu de résoudre leur problème, leurs actions ont intensifié le problème.

Pourquoi est-ce que le plus grand nombre d'attaques de requins dans le monde se produit précisément là où l'abattage de requin est pratiqué ? Les trois spots les plus dangereux au monde sont La Réunion, le Queensland et l’Australie Occidentale.

La raison, c’est que l'élimination des requins de leur propre territoire établi créé un vide et donc une invitation à combler ce vide par d’autres requins et ces requins de remplacement cherchent à s’approprier ce territoire vacant. C’est cette compétition pour les territoires qui les rend beaucoup plus agressifs que les requins tués qu'ils sont venus remplacer. L'abattage des requins crée un trou noir et il attirera des requins bouledogues de remplacement venant de Madagascar, entraînant des attaques de requins plus agressives et toujours plus de massacres de requins.

Tuez-les et cela ouvre la porte à de nouveaux prétendants pour l’occupation de l’espace. Le seul résultat logique d'un plan aussi radical pour réussir à faire cesser les accidents, c’est l'éradication totale et complète de l’espèce et ça n’est absolument pas quelque chose que Kelly Slater approuve.

Remonté à bloc par Jeremy Flores et ses cohortes, le Journal de l'Ile de La Réunion a qualifié Sea Shepherd, les scientifiques et les ONG s'opposant aux battues de requins de NAZIS fanatiques des droits des animaux et prétend dans ses colonnes que nous sommes responsables de la mort des surfeurs. Selon nous, la cause de ces attaques fréquentes est la pêche elle même, donc Flores et le gouvernement français sont complices des circonstances qui ont vu 20 attaques depuis 2011 dont 8 attaques ont été mortelles.

Ce que Sea Shepherd préconise est une réserve marine forte qui permettra aux requins de récif de revenir et jusqu'à ce que l'équilibre écologique soit rétabli, les plages où les attaques de requins se produisent devraient être fermées au public.

Kelly m’a affirmé soutenir cette approche.

Regardons de plus près les victimes.

La dernière attaque a eu lieu à la sortie d'une rivière sur la côte Est, après de fortes pluies. La rivière transportait beaucoup de déchets dans l'eau boueuse. Les pluies avaient modifié les fonds de l'embouchure de la rivière, créant une vague "parfaite". Tentant en effet, mais les pêcheurs de la région avaient à plusieurs reprises averti les surfeurs de l'énorme risque d’attaque de requins, bien connu pour être aggravé par les pluies. La baignade était interdite et des panneaux signalaient le danger, même si beaucoup avaient été vandalisés. L'homme qui est mort était un ancien vigie de requins et était pleinement conscient des risques qu’il a néanmoins choisi de prendre.

Sa famille a déclaré : « Notre famille ne veut pas que la mort d'Alex soit utilisée pour justifier tel ou tel acte. Pas plus que nous souhaitons que l'on accuse des animaux sauvages pour la mort d'Alex. Alex était un grand passionné et il était pleinement conscient des risques qu'il prenait. »

L’accident d’avril 2015 concernait un garçon de 13 ans. La veille, un système de surveillance des requins avait été mis en place, mais ce jour-là, les vigies n'ont pas été déployées en raison de la mauvaise visibilité et des mauvaises conditions de mer. La session de formation a été annulée. Malgré l'interdiction de surfer, le garçon et certains de ses camarades ont décidé de se mettre à l’eau. Ils étaient peut-être confiants à cause de l'installation à quelques centaines de mètres d'une ligne “anti-requin” posée là douze jours auparavant. Cette ligne avait été installée contre l’avis des scientifiques. Ils avaient averti du risque que présentaient les appâts à requins près des plages.

Actuellement 15 scientifiques du conseil scientifique de la réserve marine, en dépit des pressions énormes de l’État, en dépit des menaces et des insultes constantes, ont unanimement déclaré qu'il était dangereux d'appâter les requins près des surfeurs et que les lignes ne devraient pas être installées dans la réserve et près des plages.

Toute cette situation a été créée par l'activité humaine que ce soit par la surpêche, l'élimination des requins de récif, la pollution, le déversement d'eaux usées, les intestins de poissons et les abats d'animaux et aggravé par les fortes pluies régulières et il a déjà été prouvé que l'abattage des requins ne fonctionne pas mais contribue au contraire à plus d'occurrences.

Flores et son groupe de pro pêche, essaient d’enfermer les scientifiques et les écologistes comme moi même et Sea Shepherd dans le rôle de gens haineux prêts à sacrifier des jeunes pour sauver les requins.

En réalité, nous essayons d'arrêter les attaques de requins en travaillant à restaurer l'intégrité écologique de la zone avec la réserve marine. Oui, nous voulons sauver les requins, mais cet effort là est aussi le seul moyen de sauver des vies humaines. La question n’est pas de sauver les requins ou les humains. Pour nous il s'agit de protéger à la fois la vie des humains et celle des requins.

Ce pour quoi milite Flores n'est tout simplement pas acceptable.

Quand j'étais plus jeune je surfais en Californie et à Hawaï dans les années soixante et soixante-dix et j'ai toujours vu le surf comme une expérience presque religieuse et c’est l'une des raisons pour laquelle j’ai une profonde considération pour Kelly Slater. Tous les surfeurs devraient être des ambassadeurs pour la vie marine et en fait, Kelly a et continue d'être un incroyable défenseur de l’océan, un éducateur et un modèle pour les jeunes du monde entier.

En tant que surfeur j'étais toujours conscient des risques comme d’être jeté sur un récif de corail à presque m’en briser le cou à Makapuu Beach. J'ai toujours considéré le risque d'une attaque de requin comme le moindre de mes soucis. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait aucun risque, mais que c'est un risque acceptable parce qu'en moyenne, environ 5 personnes meurent chaque année d'une attaque de requins et compte tenu des dizaines de millions de personnes qui entrent chaque jour dans l'océan, c'est un pourcentage extrêmement faible.

En fait, il est plus dangereux de jouer au golf parce que plus de golfeurs que de surfeurs meurent chaque année, de piqûres d'abeilles ou frappés par la foudre.

Comme Kelly Slater l’a dit une fois, « Si vous avez peur des requins, restez sur la plage. »

C’est un état d’esprit qu’il conserve aujourd’hui. Rien n’a changé.

 

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