Commentary and Editorial

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Vendredi, 14 Janvier 2011 18:19

La pêche, le grand débat

Commentaire de Steve Roest, directeur exécutif de Sea Shepherd

The Great Fishing Febate

L’émission The Big Fish Fight de Channel 4 fait la une au Royaume-Uni. Le chef-vedette Gordon Ramsay fait beaucoup parler de lui après son altercation avec des braconniers de requins au Costa Rica, au cours de laquelle il aurait été arrosé d’essence et tenu à bout de fusil pour avoir examiné de trop près cette pratique illégale. Dans cette même émission, Hugh Fearnley-Whittingstall se penche sur le rejet des prises accessoires, une pratique selon laquelle les pêcheurs sont obligés par la Commission européenne de jeter des poissons de bonne qualité qui ont été pêchés par accident et pour lesquels aucun quota n’est établi. Fearnley-Whittingstall a pris la mer à bord d’un chalutier qui capture des poissons au hasard dans des filets traînés au fond de l’océan, et remarque qu’en 1889, lorsqu’on a commencé à prendre note des prises de pêche, on attrapait en Angleterre et au pays de Galles 4,3 fois plus de poissons qu’aujourd’hui, et ce avec une flotte constituée principalement de petits voiliers.

Malheureusement, encore dans cette émission, Hester Blumenthal, chef-cuistot de renommée internationale et lauréat de multiples prix, réalise un but personnel en choisissant de cuisiner des joues de poisson-loup. La population de loups de l’Atlantique (aussi appelés loups de mer) a diminué de 96 pour cent depuis 1889, décimée par le chalutage de fond anglais et gallois. Cette espèce est particulièrement vulnérable à la surpêche, et son déclin est tel de l’autre côté de l’Atlantique qu’elle est déjà considérée comme une espèce menacée dans les eaux canadiennes. En Europe, un tel déclin de la population lui vaut une mention sur la Liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Ces chefs-vedettes pensent-ils vraiment à la viabilité de ces poissons qu’ils cuisinent, ou bien n’ont-ils en tête que leurs propres intérêts et leur célébrité personnelle?

C’est formidable que les médias reconnaissent finalement le viol et la destruction massive qui prennent place de minute en minute, de jour en jour, dans tous nos océans. Le capitaine Paul Watson, président et cofondateur de Sea Shepherd Conservation Society, le répète depuis 40 ans, mais bon, le reste du monde en parle maintenant, alors espérons qu'il vaut véritablement mieux tard que jamais...

Le hic: alors que les gouvernements discutent de quota et de pratiques de pêche, et que les chefs discutent des poissons qu’ils peuvent toujours cuisiner de façon "viable" et servir dans leurs restaurants étoilés Michelin, des spécialistes de l’environnement marin nous présentent une réalité terrifiante:

"Des espèces marines disparaissent des écosystèmes océaniques, et cette tendance s’est récemment accélérée" affirme Boris Worm, auteur principal et spécialiste des environnements marins. "Nous commençons maintenant à prendre conscience des conséquences. Par exemple, si cette tendance se poursuit à long terme, nous connaîtrons de mon vivant un effondrement de toutes les espèces de poissons et de crustacés – d’ici l’an 2048.” Worm est professeur adjoint en biologie de la conservation des milieux marins à l’Université Dalhousie, à Halifax, au Canada.

"En ce moment," poursuit Worm, "29% des espèces de poissons et de crustacés se sont effondrées – c’est-à-dire que la prise de ces espèces a diminué de 90%. Il s’agit d’une tendance bien évidente, qui va en s’accélérant. Nous n’avons pas besoin de modèles pour comprendre ça.”

On estime que 90 pour cent des grands poissons prédateurs ont déjà été retirés des océans, et qu’à chaque année, 40 millions de tonnes de poisson considérées comme prises accessoires sont jetées (c’est-à-dire 40% des prises totales). Alors voilà: nous connaissons un déclin énorme et sans précédent des stocks de poisson, nous nous attendons à ce qu’il ne reste pas assez de poissons dans l’océan pour soutenir la pêche commerciale d’ici 2048, et pourtant nous jetons 40% de ce que nous pêchons comme prises "non désirées". Quel paradoxe fascinant… et horrifiant.

Sea Shepherd n’est pas une association de défense des droits des animaux, mais plutôt un organisme de conservation. Même si je suis végétarien, j’ai grandi dans un foyer où l’on mangeait du poisson une fois par semaine. Mais maintenant, beaucoup de gens mangent du poisson tous les jours. Des familles commandent du filet de poisson plusieurs fois par jour chez leur restaurateur rapide local, 14 000 vendeurs de fish and chip en Angleterre vendent du requin (identifié, étrangement, comme de la saumonette), des groupes environnementalistes comme Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature WWF débattent des espèces qui sont viables ou non, et des sociétés d’éco-blanchiment tel que le Marine Stewardship Council (MSC) fournissent des éco-étiquettes certifiant que certaines espèces de poissons sont "viables"… Mais la vérité, en fin de compte, c’est que trop de gens mangent beaucoup trop de poisson, et que nous réduirons à néant tous les stocks de poissons d’ici 40 ans si nous ne renversons pas nos habitudes alimentaires.

Il y a un mot qui sert à décrire, "une chose qui n’a aucun sens et qui aura probablement des conséquences désastreuses," et ce mot, c’est "démence".

La façon dont les habitants de cette planète gèrent leurs ressources océaniques relève de la démence. Pendant qu’on discute de quotas et d’espèces dites viables, les flottes de pêche commerciale arrachent inexorablement toute créature des océans. Nous disposons de toutes les preuves scientifiques dont nous avons besoin, nous n’avons même pas à remonter très loin dans le passé — pensons à l’effondrement de la pêche à la morue des Grand Bancs de Terre-Neuve dans les années 90 — pour nous apercevoir que notre comportement est véritablement dément.

Que devrions-nous faire? Eh bien, nous devrions arrêter de manger du poisson (ou du moins réduire considérablement notre consommation), créer de vastes réserves marines et des zone à ne pas exploiter recouvrant plus de 50% de la superficie des océans, et cesser les opérations des flottes de pêche. Si nous n’agissons pas, les stocks de poissons ne se remettront jamais, et il ne restera plus rien à discuter.

Comme le dit si bien le capitaine Watson: "Si les océans meurent, nous mourrons aussi". N’oublions pas que nous sommes tous responsables de cette destruction, et que nous pouvons y mettre un frein si, ensemble, nous trouvons la volonté d’agir.

 

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