Commentary and Editorial

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Vendredi, 18 Novembre 2011 13:27

Opération Divine Wind: interview du Capitaine Paul Watson

Ce sera votre huitième campagne dans l’océan Austral pour défendre les baleines. Combien d’autres voyages avez-vous l’intention de faire encore pour vous opposer à la flotte baleinière japonaise?

Capitaine Paul Watson: Tout dépend combien de fois les baleiniers japonais ont l’intention d’y retourner. Tant qu’ils iront tuer des baleines dans le sanctuaire de l’océan Austral, nous continuerons à y aller pour nous opposer à eux. Nous en ressortons chaque année plus forts, et les baleiniers en ressortent chaque année plus affaiblis. Notre objectif, depuis le départ, était de les couler économiquement: de les mettre en faillite. C’est ce que nous avons fait. S’ils continuent, c’est seulement parce que le gouvernement japonais leur accorde des subventions massives. Nous y retournons chaque année pour sauver autant de vies que possible parmi les baleines et pour réduire à néant les éventuels bénéfices que cette activité pourrait rapporter aux japonais. Nous avons l’intention de continuer à nous opposer aux baleiniers japonais jusqu’à ce qu’ils renoncent définitivement à aller dans le sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Si je peux faire que cela se produise, je mourrai heureux.

Pourquoi avez-vous appelé cette campagne Opération Divine Wind?

Capitaine Paul Watson: J’aime communiquer avec mes adversaires en utilisant un symbolisme qu’ils comprennent. Ainsi, par exemple, nous avons peint nos bateaux en noir parce qu’au Japon, des bateaux noirs signifient le changement, depuis le temps des bateaux noirs des commerçants et des prêtres portugais et de ceux de la marine des États-Unis, sous le commandement du Commodore Perry. Nos bateaux noirs signifient donc l’exigence d’un changement dans l’océan Austral. De même, nous avions baptisé une de nos campagnes Opération Musashi en honneur du légendaire maître de sabre japonais Miyamoto Musashi, qui enseignait le double-sens de la plume et du sabre. En effet, notre approche doit associer la confrontation et l’éducation.

L’origine du mot kamikaze, qui signifie “vent des dieux”, remonte à mille ans, quand le grand Khan mongol Kubilaï avait essayé par deux fois d’envahir le Japon. Il n’avait pas réussi car ses grandes flottes avaient été détruites par des typhons, et les japonais avaient cru que ces vents destructeurs ou “kaze” avaient été envoyés par les dieux ou “kami.” Ici, les bateaux de Sea Shepherd symbolisent les vents qui protègent le sanctuaire baleinier de l’océan Austral contre l’invasion illégale de la flotte baleinière japonaise.

Votre dernière campagne, l’Opération No Compromise, a été un énorme succès. Pensez-vous que l’Opération Divine Wind sera aussi réussie?

Capitaine Paul Watson: En effet, l’Opération No Compromise a été un grand succès. Nous avons localisé assez tôt la flotte japonaise, nous avons pu bloquer leurs opérations et ainsi, faire cesser leur activité baleinière. Nous avons coursé le Nisshin Maru sur plus de 3 000 miles, jusqu’à ce qu’ils finissent par abandonner et par rentrer six semaines plus tôt que ce qu’ils avaient prévu. Plus important, la flotte japonaise n’a pu ramener que 17 % de son quota et nous avons sauvé 870 baleines. Avoir réduit leurs profits à néant et avoir sauvé la vie de plusieurs centaines de baleines, c’est vraiment une grande victoire.

Depuis le départ, notre objectif était de couler économiquement la flotte japonaise en mettant cette industrie en faillite. Nous avons réalisé cet objectif, sachant que la flotte baleinière japonaise est maintenant endettée à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars. A tous les égards, nous avons coulé cette flotte économiquement. Malheureusement, nous ne l’avons pas encore coulée politiquement.

Bien qu’ayant espéré que les baleiniers ne reviendraient pas en décembre 2011, nous nous y attendions, sachant qu’ils ne pourraient le faire qu’avec d’énormes subventions du gouvernement japonais. Les baleiniers ont obtenu leurs subventions, et ils ont obtenu un budget spécial pour l’équivalent de 30 millions de dollars pour s’opposer à Sea Shepherd. Qu’est-ce que cela signifie? C’est ce que nous saurons bientôt, quand nous retournerons dans l’océan Austral en décembre.

Ce sera la campagne la plus difficile et sans doute la plus dangereuse jamais menée par Sea Shepherd. Etes-vous prêt, avec vos équipages, à affronter une flotte baleinière plus enragée et mieux financée?

Capitaine Paul Watson: : Ce sera notre huitième expédition dans l’océan Austral. Nous sommes des vétérans de cet environnement isolé et hostile et nous n’en avons pas peur. Nous sommes habitués aux accrochages et aux confrontations avec les navires baleiniers. Nous avons de l’expérience dans ce domaine, mais surtout, j’ai un atout que n’ont pas les baleiniers. J’ai une équipe passionnée, motivée et courageuse constituée de volontaires venant du monde entier. Je ne pourrais pas payer des professionnels pour faire ce que ces gens formidables font bénévolement. Les baleiniers se consacrent à ôter des vies. Nous nous consacrons à sauver des vies. Notre énergie positive porteuse de vie s’oppose à l’énergie négative mortifère de ces tueurs industrialisés. Les membres qui ont composé mes équipages hier et aujourd’hui, se sont tous engagés dans une magnifique entreprise pour défendre la vie, pour défendre les baleines, et tous, durant tout le restant de leur vie, pourront songer avec fierté à ce qu’ils ont fait, à cette aventure, à sa noblesse, à sa réussite, avec la satisfaction de savoir que grâce à leur intervention, des milliers de baleines auront échappé à une mort cruelle et horrible sous les harpons sans pitié de la flotte baleinière japonaise.

Le fait est que vous vous retrouvez seuls dans le sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Il n’y a là aucune assistance gouvernementale. Il n’y aura aucune autre organisation à vos côtés. Si vous avez des ennuis, il n’y aura personne pour venir à votre secours. Ce doit être intimidant, et le fait même que vous soyez si seuls dans cette entreprise dangereuse et controversée doit sûrement vous inciter à songer que ce n’est peut-être pas la chose la plus sage à faire?

Capitaine Paul Watson: Oui, nous sommes seuls. Nous avons sollicité à maintes reprises la coopération de Greenpeace, mais ils refusent de nous reconnaître. Nous avons demandé à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie d’envoyer des bateaux, ne serait-ce que pour observer la situation et être en mesure d’intervenir en cas de problème. D’autant qu’un certain nombre de membres de nos équipages sont australiens ou néo-zélandais. Mais je suppose que si ce que nous faisions n’était pas dangereux, difficile ni controversé, tout le monde serait là. Le fait que nous y soyons tout seuls n’est pas un problème, une aide serait certes la bienvenue mais nous faisons ce que nous avons à faire avec les ressources et le soutien dont nous disposons. Cela dit, il est fâcheux que les gouvernements nous mettent des bâtons dans les roues et que Greenpeace nous condamne publiquement. Il est surtout fâcheux que Greenpeace collecte chaque année des dizaines de millions de dollars auprès du public pour sauver les baleines de l’océan Austral alors même qu’ils n’y ont pas envoyé un seul bateau depuis des années.

Quand je pense aux baleines que nous avons sauvées et à celles que nous allons encore pouvoir sauver cette année, je n’ai pas le moindre doute quant au fait que nos stratégies et nos méthodes se sont révélées et continueront de se révéler probantes. Gagner un concours de popularité ne m’intéresse pas: notre souci, c’est de sauver des vies en dépit des critiques et des controverses. Au bout du compte, nous n’avons jamais fait de mal à personne et nous n’avons pas l’intention de faire du mal à quiconque, et nous agissons sans franchir les limites de la loi. Sauver des vies de façon légale sans infliger de blessures physiques aux baleiniers, voilà ce que je considère comme une approche responsable et efficace.

Nous avons aussi l’habitude de compter sur nous-mêmes, et nous attachons à la sécurité de nos équipages une importance primordiale. Nous n’avons encore jamais souffert de blessures graves, malgré sept expéditions dans les zones les plus hostiles et les plus isolées de la planète.

Qui fera partie de l’équipage cette fois-ci? Y aura-t-il des nouvelles recrues? Quels sont les vétérans?

Capitaine Paul Watson: Concernant les vétérans, la bonne nouvelle est surtout le retour de Peter Brown et de Shannon Mann. Peter n’était plus là depuis la première saison de Whale Wars et Shannon avait manqué la campagne de l’an dernier. Laura Dakin sera à nouveau chef-cuisinière du Steve Irwin. Alex Cornelissen sera une fois de plus aux commandes du Bob Barker et Locky MacLean pilotera le Brigitte Bardot.

Pour l’Opération Divine Wind, je pense que nous aurons un équipage motivé, vraiment passionné et très courageux. Nous avons aussi sur la terre ferme et dans tous les pays de nombreux sympathisants passionnés qui soutiennent les efforts de nos équipages. Sur les bateaux, nous aurons cette fois-ci plus de cent membres d’équipage représentant 22 nationalités différentes.
 
Cette année, vous avez un nouveau bateau, le Brigitte Bardot. A quoi servira-t-il, et depuis quand Sea Shepherd le possède-t-elle?

Capitaine Paul Watson: Le Brigitte Bardot n’est pas un nouveau bateau. Nous avons simplement changé le nom du bateau intercepteur que nous avions l’an dernier, le Gojira (Godzilla)et que nous avons rebaptisé Brigitte Bardot. La raison pour laquelle nous l’avons rebaptisé, c’est qu’il existe une chose plus effrayante encore que Godzilla: les avocats japonais de Godzilla! La bête s’est donc transformée en belle, et ce navire s’appelle désormais le Brigitte Bardot , en l’honneur de notre amie et supporter de longue date, Brigitte Bardot. Nous allons donc dépêcher le Bob Barker, le Steve Irwin et le Brigitte Bardot dans l’océan Austral pour l’Opération Divine Wind.

Sea Shepherd possédait un autre navire rapide d’interception, l’Ady Gil. Il a été détruit par les baleiniers japonais et son pilote, Pete Bethune, a été arrêté par les japonais. Il y a eu aussi une rupture avec Bethune. Pourquoi cela, et qu’en est-il aujourd’hui? Prendra-t-il part à l’Opération Divine Wind?

Capitaine Paul Watson: Non, il ne prendra pas part à l’Opération Divine Wind, et il ne participera plus à aucune campagne de Sea Shepherd à l’avenir. La raison en est simple, il a fourni des informations fausses et il a coopéré avec l’accusation pour permettre aux japonais de monter un dossier contre moi. Bethune a déclaré aux japonais que je lui avais donné l’ordre de monter à bord du Shonan Maru No. 2 alors que les images prises par les caméras ont bien montré que je lui avais conseillé de ne pas aborder ce navire japonais. C’est une trahison impardonnable, pour laquelle il a été exclu de Sea Shepherd. Bethune essaie actuellement de poursuivre Sea Shepherd pour la perte de son bateau, l’Ady Gil. Or, l’Ady Gil n’appartenait pas à Sea Shepherd, il appartenait à Ady Gil et il était piloté par Pete Bethune. L’enquête néo-zélandaise a conclu que Bethune était responsable à 50 % de négligence dans la perte de l’Ady Gil, l’autre moitié de responsabilité étant imputée au navire baleinier. Au lieu de poursuivre les japonais, Bethune a décidé de faire un procès à Sea Shepherd et de demander un demi-million de dollars. Sea Shepherd n’est pourtant pas responsable de la perte de l’Ady Gil et nous ne pensons pas que ce procès puisse rapporter quoi que ce soit à Bethune, à part la perte d’un temps et d’un argent qui auraient pu être utilisés pour défendre les baleines.

La série télévisée Whale Wars d’Animal Planet a fait connaître Sea Shepherd et ses équipages à des millions de gens de par le monde. Qu’est-ce que ça fait d’avoir sa propre émission de télévision?

Capitaine Paul Watson: Depuis 2002, nous avons entrepris sept expéditions dans le sanctuaire baleiner de l’océan Austral. Durant la campagne Opération Léviathan de 2006-2007, nous avions une équipe de cinéma à bord, qui a produit le documentaire At the Edge of the World. Animal Planet nous a rejoint la saison suivante pour la campagne Opération Migaloo de 2007-2008. Depuis, Animal Planet a été présente à bord pour filmer la campagne Opération Musashi de 2008-2009, la campagne Opération Waltzing Matilda de 2009-2010 et la campagne Opération No Compromise de 2010-2011. Nous pensons qu’Animal Planet va bientôt annoncer ses projets pour la cinquième saison de Whale Wars.

Comment l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont-elles réagi face à Sea Shepherd et à l’annonce de l’Opération Divine Wind?

Capitaine Paul Watson: Nous avons reçu un soutien considérable de la part de la population australienne et de la population néo-zélandaise. Cependant, l’attitude des gouvernements n’est pas le reflet de ce soutien. Les gouvernements de ces deux pays nous sont tout à fait hostiles, et ils ont tendance à soutenir le gouvernement japonais malgré le souhait de leurs propres populations. En Australie, les médias nous sont très favorables. Les ports de Sydney, Hobart, Fremantle, Melbourne et Brisbane nous ont formidablement soutenus. Les australiens sont les gens les plus passionnés de la planète dès qu’il s’agit de défendre les baleines. Nous ne sommes pas les seuls à nous opposer à la chasse illégale à la baleine dans le sanctuaire de l’océan Austral: nous sommes soutenus par des millions d’australiens et de néo-zélandais, par la communauté aborigène et par la communauté Maori.

Y a-t-il un message que vous aimeriez nous laisser avant votre départ pour le sanctuaire baleiner de l’océan Austral?

Capitaine Paul Watson: Oui, j’ai un message. Tout d’abord, je suis sûr que nous allons continuer à intervenir avec succès contre la chasse illégale des baleines par les japonais dans le sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Nous n’avons nullement l’intention de nous retirer de cette bataille tant que nous n’aurons pas mis fin complètement, et pour toujours, à la chasse à la baleine dans ce sanctuaire. Si j’ai un message à transmettre au monde, c’est celui-ci: nos océans meurent, et nous devons défendre la biodiversité dans les mers avec tout le courage, l’imagination et la passion que nous pourrons rassembler, pour la simple et bonne raison que si les océans meurent, nous allons tous mourir aussi. Il n’est pas possible de vivre sur cette planète avec des océans morts.

 

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